Stéphane Hessel : "Je suis d'abord frappé par la dégradation qui se prolonge maintenant depuis au moins 40 ans, peut-être depuis 60 ans, c'est-à-dire l'incapacité des parties en présence et beaucoup par la faute du gouvernement israélien de trouver une sortie de cette crise dont la gravité, au point de vue du respect des Droits de l'Homme, est d'une évidence criante pour qui vient ici dans les territoires occupés et colonisés que sont la Cisjordanie et qu'était Gaza. Nous sommes frappés par la dégradation et bien, en même temps, je suis frappé aussi par le fait qu'aujourd'hui de part et d'autre, il semble qu’on est arrivé à la conclusion qu'il n'y a qu'une solution et que cette solution, il faut la provoquer ; c'est deux états côte à côte: l'état d'Israël et un véritable Etat Palestinien."
Catherine Monnet : "A un moment où la colonisation connaît un rythme soutenu, à un moment où il y a de toute évidence une radicalisation de la violence des colons, pensez-vous qu'il soit possible encore aujourd'hui, d'aller vers cette solution des deux états, est-ce que c'est la solution pour préserver les Droits de l'Homme que vous défendez depuis tant d'années?"
S-H : "J'aurais cru, il y a encore 6 mois, que c'était trop tard ; j'avais des interlocuteurs qui me disaient "la solution des deux états, c'est fini, n'y pensons plus, on va vers l'Apartheid". Aujourd'hui, six mois plus tard, je ne suis plus tout à fait aussi pessimiste : il y a de nouveau le sentiment que les violences qui ont été tellement insupportables, qui ont pesé notamment sur les enfants, et je suis ici avec la Voix De l'Enfant qui fait un travail considérable dans les camps, dans les villes, palestiniennes et israéliennes pour soutenir la possibilité pour les enfants, pour la génération qui maintenant va à l'école, d'avoir un avenir, et bien la conjonction de ces éléments me donne le sentiment que nous ne sommes peut-être pas condamnés à voir se perpétuer une colonisation de plus en plus oppressante et une division entre les différentes composantes de la société palestinienne, de plus en plus meurtrière, nous pouvons peut-être espérer qu'au cours de l'année qui vient il y aura à nouveau le sentiment qu'il y a une solution, qu'il n'y en a qu'une, qu'il faut y arriver, que ça va être très dur, que les négociations seront peut-être très longues, mais que c'est la solution des deux états qui désormais est la seule issue possible."
C-M : "Stephane Hessel, vous avez décidé de faire partie du Comité de soutien d'un jeune franco-palestinien, Salah Hamouri, qui a été condamné à 7 ans de prison. Pourquoi avoir choisi de défendre ce cas ? Qu'est-ce que vous comptez faire pendant votre séjour ici pour lui?"
S-H : "Je ne suis malheureusement pas chargé d'une mission du gouvernement français. Monsieur Kouchner est un de mes très vieux amis, mais c'est à lui qu'incombe de mener cette négociation, qui doit être tout simplement un appel français à la compréhension et à la possibilité pour l'Etat d'Israël de se montrer compréhensif et généreux à l'égard d'un franco-palestinien à qui on n'a pas grand-chose à reprocher, qui a été amené à plaider coupable parce qu'on lui disait que c'était la seule façon d'aller à un procès. Il y a là de la part des autorités israéliennes beaucoup d'arbitraire, le même arbitraire s'il est animé d'un peu de bonne volonté à l'égard de la France qui est quand même un pays qui a toujours été un pays d'amitié avec Israël, et bien il serait tout à fait normal et je le souhaite vivement, que ce jeune franco- palestinien, qui vraiment ne mérite pas de rester encore en prison, puisse retrouver la liberté."